III
Dans la salopette que je n’avais pas portée depuis des lustres, j’ai trouvé une enveloppe kraft et dedans, - le croiriez-vous si je mentais ? - une liasse de dix. Tiens, me dis-je, le train de réformes se serait-il arrêté en ville pour remettre l’économie sur les rails ?
La liasse était accompagnée d’une reconnaissance de dette à mon nom. Je devinais bien là l’espièglerie de mon ami. J’allais lui bigophoner mais, son effort méritant bien que je marchasse dans son jeu, je partis à la banque pour reverser la somme sur son compte.
En route, les billets de dix s’étaient transmués en billets de cinquante. Ce qui aurait dû retenir mon attention ne m’affola d’aucune façon. Pourquoi, aurais-je dû ? L’évidence n’est jamais claire, elle est sombre et il se passe souvent plus de choses anormales que de choses normales au point que ce qui semble anormal finit par devenir normal.
Pas de compte au nom de mon ami…
Je demandais au guichetier de virer temporairement la somme sur le mien. Il écarquilla les yeux et siffla. J’étais dans le rouge. Votre moi riche verse en ce moment de l’argent pour vous donner un coup de pouce, dit-il. Comme pour confirmer ses dires, je sentis une liasse germer dans ma poche. Das kann unmöglich sein !
Je versais aussitôt la somme, vingt mille environ
en coupures de cinq cents. Il m’en manquait dix. Deux liasses gonflèrent dans ma bourse que je transférais derechef sur mon compte. J’étais encore dans le négatif. Je serais toujours dans le
négatif. Dans le négatif, quoi que je fasse.
J’étais assailli de questions. Des grandes. Des petites. De toutes les couleurs. Les graines de folie entraient dans le percolateur - hop ! Moulues, filtrées et compagnie -, le moût macéra deuzgondes dans l’alambic et ressortit tamisé. C’était du pur délire ! Du nectar paradoxal digne de ces histoires de voyage dans le temps où le voyageur paie au prix fort les incalculables répercussions de ses errances chronologiques.
A peine avais-je franchi la porte de la banque que le vigile cogna dessus. Je tirais la poignée sur laquelle ma main était encore posée. Il m’amenait un colis sur un diable - un colis, que dis-je, une malle ! Un coffre de pirate ! Des bons du trésor en giclaient comme un geyser, s’envolant, s’éparpillant et m’ensevelissaient. Je claquais le couvercle et gloussais la main sur la bouche. Le guichetier me tendit un registre aberrant aux pages couvertes de lignes de zéros comme gage de mon découvert faramineux.
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