Intérieur

 

 

VIII

 

 

Il pleut mécaniquement de trois heures cinquante-cinq à quatre heures. C’est le créneau idéal souhaité par les habitants pour profiter du soleil la journée et laver en douce leur honte des rues.

 

Une masse de stress et d’air conditionné s’élève en un dôme de chaleur et plane sur la ville pour poursuivre en nocturne l’œuvre de dessèchement entreprise par les employés. C’est une force muette qui se gorge de ce que le citadin a de pire à offrir. La haine du domicile saturé, les pensées adiabatique faciles, les insanités latentes, toutes les particules malsaines arrachées ici-bas et cheminant le long de la courbe du positivisme forcé.

 

La fumée mauvaise grimpe. La voûte obscure s’emplit d’une mer de mercure agitée. Il y a un tourbillon fixe et menaçant, un tourbillon comme un œil colérique qui cherche des fautifs et des réponses mais qu’aucune paupière ne vient cacher. Et d’en bas, on entend un murmure, le murmure d’une houle discrète qui tombe comme une migraine.

 

Bloqué dans son ascension, le vortex s’étale, palpe, refroidit, reflue encore. Les aérosols microtésimaux condensent, les particules s’enrobent, entrent en coalescence, les lois de la thermodynamique se font maîtresses des rues. Alors, l’air incapable de soutenir son hostilité tombe comme une chape, la pression bombe vitres et tympans et, pendant une seconde, la tête dans les éclaboussures conductrices de sons, on entend les bruits et les pensées.


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